Une Histoire dAmour
Daniel Kieffer, photographe de grande réputation m’a suivi pendant un an : chez moi, lors de l’écriture, au théâtre en répétition, dans les magasins lors d’achats, dans les ateliers de costumes et dans la construction de décors.
Des milliers de photos qu’il a prises, il en a tiré un coffret magnifique et fait une exposition à la maison de la maison de la culture de Côte-des-Neiges.
Plusieurs de ces photos ont été publiées dans la revue OVO.

La plupart des institutions théâtrales, lorsqu’elles disposent d’un budget suffisant, requièrent les services d’un photographe spécialisé pour leurs besoins de publicité et d’archives. Ainsi, depuis quinze ans, j’ai conçu des centaines d’images pour affiches et enregistré sur pellicule des centaines de répétitions générales.

Serge Le Maire
Serge Le Maire évrivant la musique du spectacle
Dans ce projet, par contre, je voulais photographier l’élaboration de la pièce, la conception, le travail des différents artisans, la progression de la mise en scène, tout ce travail souterrain qui est en soi un monde avec son ambiance propre.

Je n’étais pas intéressé à un théâtre traditionnel qui a des schémas de production relativement connus. Je me suis plutôt tourné vers le théâtre de L’Eskabel, théâtre de recherche d’avant-garde, qui se produit à Montréal depuis bientôt quinze ans.

HISTOIRE D'amours
d'après LA DAME AUX CAMÉLIAS

Mise-en-Espace
JACQUES CRÊTE

Au théâtre de L’Eskabel, monter une pièce est avant tout une aventure de recherche spirituelle. Je ne peux comparer cette démarche qu’au Grand-Œuvre de l’Alchimie qui est plus transformation mentale que résultat physique.

Mon approche photographique a été volontairement très « classique », une technique de prise de vue discrète, en quelque sorte la caméra invisible, car nous avons là un monde clos qui nous laisse à l’extérieur. Ici, l’événement est objets, lumières, espaces, silences, attentes, tensions, contradictions. Climat particulier conçu pour le retour en soi.

Dames au camélias
Une des Dames au camélias : Marguerite Lemir

Je n’ai pas voulu démontrer, mais montrer; m’apparentant par cela aux sociologues qualitatifs. Par ces images, parfois austères, j’ai voulu faire sentir au spectateur l’émotion qui est au cœur de tout le processus de cette recherche-création, cette émotion sourde et solitaire qui habite chacun des acteurs pendant une quasi retraite fermée de trois mois.

DANIEL KIEFFER