Le silence de la pierre
LENOUVELLISTE, 27 juillet 1999

Geneviève de Montigny 

Saint-Mathieu-du-Parc

Tout est mis en oeuvre pour que l'amphithéâtre de Saint-Mathieu-du-Parc ait l'allure grecque. Très peu d'éclairage, les bancs de pierre en demi-lune, la scène construite à même le roc plonge les spectateurs au cœur de l'Antiquité grecque où la pièce de théâtre «Les Troyennes» se déroule.

Situé en bordure d'une route, l'amphithéâtre est accessible par un petit chemin de terre au cœur de la forêt. L'endroit semble vraiment sortir de nulle part puisque rien ne laisse présager la présence d'un tel site. Bordé d'arbres, l'amphithéâtre est construit à même le roc. La scène sur laquelle évoluent comédiens et comédiennes est faite de pierres tout comme les bancs.

Le site construit à l'image des anciens théâtres grecs semble plus propre à la présentation des Troyennes qu'une simple salle de spectacle. En pénétrant dans l'amphithéâtre, les spectateurs sont plongés directement dans l'Antiquité grecque. Y être semble un anachronisme. L'action, plus que réelle, raconte la prise de la ville de Troie par les Grecs alors que tous les hommes sont tués. Les femmes sont prisonnières dans le camp des Grecs et c'est leur cri de détresse, leur peur et leur tristesse que nous entendons.

Tout a été mis en oeuvre pour que le site demeure fidèle aux anciens amphithéâtres grecs. Très peu d'éclairage artificiel est utilisé afin que la douce lumière des torches plongent les spectateurs dans l'atmosphère de «Les Troyennes »

Hécube (photo Lyne Berthiaume)

Au début de la pièce de théâtre, les Troyennes pénètrent sur la scène torches en main. Ensuite, elles déposent cette lumière au pied de la scène afin que les torches diffusent de façon égale. Tout autour de l'amphithéâtre, elles brûlent. ,

La fumée qui s'élève des torches semble stagnante et monter lentement à l'image des événements de Troie. La lumière permet aux femmes de jouer avec l'ombre puisqu'elle s'étend fine et longue sur les rochers.

La totalité de la scène est utilisée et le roc est omniprésent. Lorsque la douleur devient trop grande, il n'est pas rare de voir les femmes se mettre en boule comme une roche. Souvent, seulement quelques comédiens jouent et les autres demeurent immobiles autour. Les déplacements sont calculés et ils se font doucement sans rien précipiter.

Les Troyennes se fondent dans le décor par la position des comédiennes qui rappelle celle des rockers et la couleur de leur costume. Les visages des femmes sont peints en blanc afin de décrire toute leur douleur. Quelques pierres arborent la couleur rouge comme si le sang avait séché.

L'élément majeur de la pièce de théâtre demeure le cri de détresse des Troyennes. L'attention des spectateurs est constamment recherchée par les voix qui se répercutent de tous côtés. Les Troyennes réagissent à l'annonce de la mort des hommes par un gémissement qui se répercute comme un long sanglot. Leurs voix se poussent à l'unisson, implacables. La multitude des voix, très différentes, permet au spectateur d'apprécier la gravité du moment. L'endroit clos permet aux voix de s'élever sans problème et l'écho y met de l'importance. Tous les bruits sont parfaitement audibles, même ceux de l'assistance. Lors de la première de la pièce «Les Troyennes», il était possible d'entendre les cris d'amusement des campeurs près de l'amphithéâtre.

Les voix masculines, quoiqu’en nombre inférieur, ne se propagent pas aussi facilement que les voix féminines où transpirent la détresse humaine. A l'inverse, les murmures possèdent la même importance qu'un cri lancé du plus profond de l'âme. A la fin de la pièce «Les Troyennes», les femmes vont se blottir sur les pierres à flanc de montagne. Elles grimpent avec grâce sur les rockers et elles se couchent sur la Pierre froide comme la mort.

La pièce de théâtre d'après Euripide est appuyée par une excellente trame sonore qui ajoute à la gravité déjà immense de la situation. De la musique de la Grèce antique est employée et des chants grecs sont proclamés afro d'appuyer la portée des événements. Malgré l'humidité qu'à commençait à gagner le site, les gens avaient les yeux rivés sur la scène La fin fut longuement applaudie et les gens ont lancé des Bravos à l'extraordinaire prestation des Troyennes.

Notes: La photo inclue n’est pas celle de l’article original.

Conception du site : Gaston Rivard